En moi-même, ces vagues.

Assisse en face de la mer Méditerranée, le cul dans le sable,  le k-way en guise de protection, les cheveux attachés, je mange la fin de ma glace caramel salé. Il y a du vent et des nuages lourds en guise d'horizon. La plage, en bout de chemin, est presque déserte, le petit village touristique dans mon dos n'est plus très populaire en cette fin de saison estivale.

Je regarde les vagues qui, en rythme, écorchent mon envie de me baigner. A vrai dire, je n'aime pas trop l'eau agitée, j'ai toujours peur que l'eau m'aspire et que je ne puisse plus revenir sur la plage. 


Avec cette météo, il n'y a pas grand chose à faire, il pleut par intermittence, alors se baigner ne fera qu'aiguiser la joie pour cette fin de journée. D'ailleurs, c'était mon plan en arrivant ici, mon maillon de bain rouge déjà enfilé. Je me suis extraite de ma morosité digitale, me suis achetée du courage avec cette glace et me voilà prête à affronter mes propres ambitions. Me baigner alors qu'il fait frais c'est aussi faire un pied de nez à l'idée de la farniente sur la plage chaude, c'est me raviver dans l'eau froide. Mais les vagues sont bien vivantes, et leurs bruits s'intensifient à mesure que je sais que le moment arrive... Je vais devoir aller me baigner. Mettre mon plan à exécution.

J'essaie de repousser ce moment de me déshabiller. Je vois tous les inconvénients: l'air frais, le sable qui va coller aux pieds, l'humidité qui s'engouffre dans ma jaquette et surtout cette eau qui creuse un trou marin à quelques mètres du rivage. Plus j'attends et plus mes voix intérieures me découragent. Pourquoi aller dans l'eau maintenant, pas besoin de se prouver une enième fois, rester immobile ici suffit, savourer l'instant sans se confronter incessamment, accepter que les plans évoluent, profiter sans être dans l'action, embrasser la simple contemplation. 

Reste tout de même mon envie de me baigner dans l'eau fraîche.

A deux cents mètres, je regarde une femme seule, elle aussi assisse sur le sable, son chien fait les cents pas autour d'elle, importunant les quelques passants pieds nus. Son énergie canine est proportionnelle aux fracas des vagues autour, c'est un peu trop pour tout le monde. Soudain, mon discours intérieur évolue dans la direction de cette autre solitaire, je me dis que c'est super qu'elle soit là, à regarder l'horizon. Que fait-elle? 

Ce regard bienveillant que je lui donne glisse mètres par mètres en ma direction, jusqu'à ce que je me demande ce que je ferai si j'accompagnais une amie. Si cette amie avait envie de se baigner, et moi, pas forcément. Comment l'accompagnerai-je ? Assez distinctement, je réalise que j'irai me baigner avec elle pour l'encourager, l'aider à vivre son envie. Je rirai et irai assez rapidement dans l'eau sans me soucier de mes peurs d'être enlevée par l'eau. On parlerai de tout de rien, mais je sais au fond de moi, que je le ferai pour elle sans nier que sa propre envie pourrait m'amener hors des sentiers battus. 

La claque surgit de derrière. 

Je serai prête à me baigner pour une amie. Mais là, face à mon propre plan, je suis noyée par les mauvaises voix intérieures. Cette réalisation me prend par la main, je me lève et me déshabille plus vite que je ne l'aurai fait seule. Car maintenant, je suis accompagnée de mon amie intérieure, qui me pousse vers les vagues. Quelques brasses, l'eau palpite et je retrouve ma joie. 

Qu'est-ce que j'aimerai garder plus souvent cette amie près de moi. 

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