Ta litanie mortuaire

Le temps était nuageux ce dimanche d’août. Les jambes tiraient un peu déjà quand je me suis embarquée dans cette aventure pour rejoindre la Cabane du Mountet avec le courage de l’insouciance. J’allai être servie. 



Précédemment dans la vallée, j’avais croisé un immense cerf traversant le chemin, c’est dire si le coin était sauvage.


Après être redescendue à pic depuis le sentier du Petits Mountet, je suis arrivée chez toi, dans ton lit. Les quelques premières crevasses n’auguraient qu’un chemin compliqué, peu lisible avec ces cairns de trois cailloux empilés au milieu de véritables amas de pierre. A chaque pas, je sentais ta puissance souterraine, ta glace cachée, ton eau murmurante, ton fond amovible. Un poids m’enserrait la gorge alors que je cherchais mon chemin tout en glissant quelques fois sur des débris . Un souffle pétrifiant émanait de chaque crevasse passée, certes pas large et donc franchie aisément mais mes peurs étaient bien trop lourdes ce jour-là.


Ce n’était pas seulement le chemin ou l’altitude qui compressaient mes poumons. Je soufflais fort à chaque pas, hésitante, ma tête perdue. Cétait cette immensité que je n’arrivai pas à concevoir mais que je ressentais physiquement, cette masse vivante de glace millénaire m’entourant. M'écrasant.


Parmi toute cette glace gisante, j’entendais dans ma tête ta mélodie funeste. Un chant où tes entrailles craquaient - et c’est tout ce dont on pouvait te souhaiter, car émettre un bruit c’est aussi vivre. Alors que fondre se fait en silence, s’éteindre à petit feux, mourir. 


Vite monter les marches pour m’enfuir de ton lit.  Alors que je cherchais la sortie, je réalisais qu’elle était là à 10 mètres au-dessus de moi. Et que oui en moins de temps pour arranger la sortie, tu disparaissais. Trop vite.


Telle était ta litanie de ce jour ensoleillé d'août 2024. Cher Glacier de Zinal.

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